Santé

Sécuriser l'avenir du système de santé

Avant d'être une charge financière, le secteur de la santé est une réussite humaine, économique et sociale. C'est l’un des secteurs où le progrès technique a apporté le plus de bienfaits. C’est un investissement pour l’avenir destiné à améliorer la qualité de la vie. Les sociétés modernes y consacrent toujours plus de moyens et cela continuera compte tenu du vieillissement démographique et des progrès dans les techniques médicales. Tout cela nous impose de la rigueur. Nous refusons pour autant une gestion principalement comptable de la santé telle qu’elle est pratiquée actuellement. Les réformes nécessaires ne peuvent se faire sans les médecins et les professionnels de santé.

Le CHU de Caen est un grand corps malade… (Par Rodolphe Thomas)

CHU Caen

 

 

Le lundi 29 juin 2009, par 21 voix sur 23 votants, le Conseil d’Administration du CHU a refusé, en début de soirée, de voter le budget qui prévoit un déficit de 28 millions.
Comme membre du Conseil d’Administration du CHU, j’ai fait le choix de voter NON… car pour moi la santé des Bas Normands n’a pas de prix.

Depuis quelques années, le CHU s’enfonce dans le déficit et devient peu à peu un grand corps malade, vidé de sa substance faute de moyens financiers suffisants.

La suppression annoncée de 208 emplois n’est pas acceptable alors que des services sont en sous effectifs. Le personnel ne doit pas être sacrifié et la qualité des soins doit être assurée dans des conditions optimum pour les usagers.

Malgré les efforts qui ont été effectués, cette situation n’est plus tolérable. Et à voir l’indifférence du Ministère de la santé, une question se pose « L’État souhaite-t-il garder un CHU en Basse-Normandie ? »

Présidents de collectivités territoriales, députés, sénateurs et élus locaux, nous devons nous mobiliser de toute urgence, et obtenir de Roselyne BACHELOT, le feu vert pour la reconstruction estimée à plus de 600 millions d’euros. Il est indispensable que le gouvernement prenne ses responsabilités dans ce dossier.

Sans ce front commun des élus, nous ne parviendrons pas à provoquer le nécessaire électrochoc politique pour sortir le CHU de cette chronique d’une mort annoncée par le Ministère.

 

> Lire l'article Démission du Directeur du CHU - Philippe Lailler choqué par la réaction des politiques

 

Nos propositions

La réforme du moment est institutionnelle avec la mise en place des Agences régionales de santé. Dans son principe, la régionalisation est une bonne chose, mais avec les ARS, c'est l’étatisation qui se profile. Car la manière dont se sont mises en place les agences est contestable.

Nos propositions sont simples :

  • le choix du directeur de chaque Agence Régionale de Santé doit être approuvé par le conseil régional ;
  • la place des représentants des collectivités locales et des partenaires sociaux dans le conseil de surveillance des ARS doit être augmentée;
  • les avis des conférences régionales de la santé doivent être publiés ;
  • le directeur de l’hôpital doit être recruté par le conseil de surveillance de l’hôpital et les médecins chefs du pôle élus au sein de leur pôle.

 

Pour contrer la désertification médicale, le schéma régional d’organisation sanitaire ambulatoire et hospitalier (carte sanitaire) doit être partie prenante de la politique d’aménagement des territoires.

Nous proposons la mise en place de maisons de santé nouvelles regroupant dans de bonnes conditions des professionnels de spécialités différentes en lien avec un centre hospitalier de référence.

Nous proposons d’instaurer des stages obligatoires dans le cursus des futurs médecins qui se dérouleraient dans les cabinets de médecins expérimentés, installés en zones rurales ou en zones urbaines difficiles. Nous voulons aussi créer en milieu urbain des maisons de gardes ouvertes la nuit et les jours fériés et permettant de prendre en charge toutes les pathologies ne relevant pas d’une hospitalisation. Pour compléter ce dispositif, nous souhaitons que soit créé un guichet départemental d’accompagnement à l’installation des professionnels de santé.

Une attention toute particulière doit être accordée à la psychiatrie. Ce secteur de la médecine est aujourd’hui sinistré. La sectorisation y est gérée d’une façon trop rigide. Des moyens supplémentaires, des relais psychiatriques doivent être prévus pour les personnes sans domicile fixe et dans les prisons.


Enfin nous le savons tous, la prévention et l’éducation à la santé sont des priorités majeures pour améliorer l’état sanitaire alors qu’elles sont sous dotées en moyens. Notamment, il est nécessaire de renforcer la lutte contre le VIH et les infections sexuellement transmissibles (IST) dès l’adolescence ainsi que les conduites addictives chez les jeunes. Dans cette politique de prévention, nous croyons au rôle irremplaçable des infirmières, comme du médecin généraliste de quartier dont une partie de la rémunération devrait se faire par forfait pour chaque personne suivie. En zone rurale, on doit créer des antennes de proximité pour des médecins à temps partiel.

Créer enfin une prise en charge décente de la dépendance
La place des aînés dans la cité et la prise en charge du grand âge ne sont pas près de sortir de l’agenda public avec l’arrivée à la retraite des générations du baby-boom. Les réformes en cours sont insuffisantes. Il faut renforcer l’encadrement professionnel au sein des établissements, densifier et diversifier les aides humaines à domicile.

A l’évidence, l’importance du défi justifie de mobiliser tous les moyens potentiels : l’Etat et l’assurance maladie; les collectivités locales avec les Conseils généraux en premier lieu, pour développer une politique à la fois plus efficace et moins cloisonnée. Avec tous ces cofinancements, c’est la prise en charge du « 5e risque » qu’il faut enfin organiser. L'allocation personnalisée d'autonomie à la charge des départements est très insuffisante. Mais, face au vieillissement, ce sont d’abord les solidarités familiales et de proximité qui doivent être confortées car elles forment le socle essentiel de la prise en charge et en assurent la dimension affective indispensable.