Hérouville veut construire des logements sur sa presqu'île. La Ville avait demandé à Caen-Métropolede donner à ce site « une vocation urbaine mixte ». Mais il devrait rester en zone portuaire.
Pourquoi ? Comment ?
En quoi consiste le projet d'éco-quartier hérouvillais ? Hérouville a identifié une friche industrielle de 60 hectares, des terrains inutilisés depuis la fermeture de la SMN, il y a dix-huit ans. Ils se trouvent le long du canal, sur la presqu'île. La Ville compte y construire un éco-quartier qui associerait logement, activités et commerce. La première phase, sur 34 ha, prévoit la création de 1 530 logements. La seconde (44 ha, 1 600 logements) suppose le déménagement de certaines activités existantes.
Pourquoi ce projet revient-il sur le devant de la scène ? Parce que Caen-Métropole, qui regroupe les 143 communes de l'aire urbaine de Caen, vote cet après-midi son Schéma de cohérence territoriale (Scot). Il détermine l'organisation des espaces et des activités pour les années à venir. La zone dans laquelle Hérouville veut construire est pour le moment dédiée à l'activité portuaire. Hérouville a demandé à ce que le Scot mentionne plutôt « une vocation urbaine mixte », pour mener à bien son projet. Ça n'a pas été accepté. Le document soumis au vote ce soir spécifie tout juste que « l'urbanisation de la Presqu'île au-delà du viaduc de Calix pourra se développer au fur et à mesure de la migration du port vers l'aval ». Le hic : Ports normands associés prévoit de construire une plate-forme de conteneurs autour des bassins de Calix. Le port n'est donc pas près de migrer... Quels sont les arguments des élus hérouvillais ? Les défenseurs de l'éco-quartier estiment que ce « tout portuaire » n'est pas justifié. « D'abord, le trafic portuaire chute et on ne sait pas ce qu'il adviendra de cette activité », estime le maire MoDem d'Hérouville , Rodolphe Thomas. Ensuite, les activités économiques qu'on trouve actuellement dans cette zone sont « totalement déconnectées de l'activité portuaire : casses auto, centrales à béton, recyclage de bois pollué... », liste la ville d'Hérouville. Hérouville a-t-elle d'autres terrains où construire du logement ? Sa programmation de logements s'achève en 2013. Au-delà, la Ville est en panne de terrains et estime que « le Scot doit donner à Hérouville les moyens d'assurer cet effort de construction. » Les terrains dans l'agglo sont rares et chers. Pour Rodolphe Thomas, cette friche est une opportunité à saisir : « Elle répond à l'objectif de l'agglo de créer du logement sans grignoter les espaces agricoles et de densifier l'habitat, récite Rodolphe Thomas. Et ces terrains appartiennent déjà à Caen-la-Mer : le coût de construction est donc réduit ! » Que comptent faire les élus hérouvillais ? Sauf coup de théâtre, ils devraient s'abstenir de voter le Scot. « Aujourd'hui, disent-ils, nous n'avons aucune garantie sur la volonté d'urbaniser cette zone. » Rodolphe Thomas parle de double discours : « D'un côté, Philippe Duron parle de nécessité de construire des logements ; de l'autre, on empêche Hérouville de le faire. » Et s'interroge, narquois : « Caen ne se réserve-t-elle pas en réalité la possibilité de délocaliser les activités nuisibles de sa presqu'île, sur la presqu'île hérouvillaise ? » Pour ceux qui l'ignoreraient encore, la campagne des cantonales a commencé... Aurélie LEMAÎTRE Journal Ouest-France du vendredi 17 décembre 2010
Edition : Caen
