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Trop de chlore à la piscine, les employés malades (Ouest-France)

Piscine de MoncontourTrois ex-salariés de la piscine de Moncontour (Côtes-d'Armor) estiment avoir été grièvement intoxiquésau chlore. Un juge enquête sur les pratiques qui pourraient en être à l'origine.

Enquête

Le 5 mars 2009, les pompiers transportent deux maîtres-nageurs et une hôtesse d'accueil aux urgences de l'hôpital de Saint-Brieuc. « Les troubles duraient depuis des semaines. Ce jour-là, nous avons ressenti des maux de ventre et de tête plus violents. Des palpitations cardiaques, une envie de vomir », raconte l'hôtesse d'accueil, Dominique Rougier.

Diagnostic : intoxication au chlore. Des pneumologues confirment, ainsi qu'une expertise ordonnée par la juge. Les trois anciens salariés de la piscine de Moncontour accusent leur ancien responsable. Comment le chlore, utilisé pour assainir la piscine, a-t-il pu altérer leur santé ? Plusieurs maîtres-nageurs, passés par cette piscine, révèlent tous des pratiques « négligentes » depuis plusieurs années.

De pleins arrosoirs

Dans une piscine, trente litres d'eau neuve par baigneur doivent être apportés chaque jour dans le bassin. Il s'agit de pallier les effets des chloramines, ces molécules irritantes issues de la combinaison chimique du chlore et de l'azote provenant de la fréquentation humaine.

Or, à Moncontour, « il y avait deux fois moins d'apport d'eau neuve que nécessaire. Les filtres n'étaient pas assez souvent lavés. Même chose pour les sols et les vestiaires », affirme Matthieu Porte, ancien maître-nageur.

Parfois, il y avait trop de chlore, parfois pas assez. « Dans ce cas, le responsable posait des galets de chlore directement dans le bassin. Et arrosait le sol avec des arrosoirs emplis de ce produit concentré. »

« C'était sa façon de nettoyer, ajoute un étudiant qui a travaillé à l'accueil. Je l'ai vu tenter de jeter de l'acide dans le bassin avant l'ouverture. Ce jour-là, le bouchon s'est coincé, il a dû arrêter parce que les clientes arrivaient : il y avait cours de bébés nageurs. » Il l'a vu ouvrir l'établissement « alors que le taux de chlore était à zéro et les gens se baignaient. Ou au contraire à 4,2 mg/l : énorme ».

Comment « la Ddass n'a-t-elle rien pu voir ? », s'interroge l'une des victimes, Aymeric Braguet.

Des usagers se sont inquiétés. Une mère rapporte que son enfant avait mal à la tête et au ventre quand il rentrait de la piscine. Elle, à l'aquagym, ressentait « des démangeaisons. On a arrêté, on n'a plus rien ».

« J'ai pris les mesures nécessaires quand l'incident est arrivé », se défend le responsable de cette piscine publique gérée par une société privée. Le 5 mars, explique-t-il, « un nouveau produit de nettoyage, additionné au galet chloré, a provoqué une réaction chimique ».

Licenciés

L'arrosoir de chlore ? « C'était le protocole établi par la société. » Propos confortés par l'un des cogérants de cette société qui s'occupe d'une petite dizaine de piscines rurales dans l'Ouest : « Pour l'apport d'eau neuve, on est à 88 litres par baigneur. » Un chiffre contesté par les plaignants.

La Caisse primaire d'assurance-maladie instruit une procédure pour faute inexcusable à l'encontre de l'employeur. Aymeric Braguet et Dominique Rougier ont été licenciés, l'un pour avoir fait venir la Ddass sans prévenir son employeur, l'autre pour ne pas l'avoir prévenu d'une convocation par l'Assurance-maladie. Delphine Carnet, la troisième victime, ne sera plus maître-nageuse.

Tous trois ont déposé plainte. Le parquet de Saint-Brieuc a ouvert une information judiciaire pour blessures involontaires, aggravées de manquement à une obligation de sécurité.

 

Marie-Claudine CHAUPITRE.

Journal Ouest-France du mardi 23 février 2010
Edition : Toutes editions - Rubriques : Informations Générales

 

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